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Lecture
Benny
Lévy et l’idée de l’Europe
Dans la Confusion des temps, Benny Lévy fait une proposition
radicale : sortir de l’Europe, littéralement : se
déprendre, se défier, mais aussi se désintoxiquer de l’Europe,
de l’idée européenne. « Il
faut vraiment se mé-fier, c’est-à-dire enlever toute fiance,
toute confiance, toute adhérence, toute adhésion à tout
imaginaire européen ; même si l’on reste en Europe,
pour quelque temps- un temps qui, je pense, ne sera pas très
long. ».
Cela peut sembler une vue bien téméraire et volontairement désajustée,
à une époque qui célèbre autour de l’idée européenne,
le métissage, la « batardisation » des nations
(au sens où le bâtard a la santé plus vigoureuse que
l’animal de race) et l’élaboration d’une charte des apaisements,
ce qu’en politique on nomme le multiculturalisme ou le
multilatéralisme.
Se déprendre
de l’Europe,
qu’est-ce que cela peut bien signifier ou peser, alors que
peu ou prou tous les intellectuels européens se mesurent à
cette aventure politique et culturelle formidable qui met fin
au conflit des nations ennemies, mais entend également damer
le pion au concurrent américain, accusé d’imposer de manière
impériale son modèle de civilisation, ses intérêts, sa
puissance technique et hollywoodienne ?
Comment bouder ce qui semble une idée nouvelle et exemplaire,
cette idée européenne que des philosophes comme Yirmayahu
Yovel voudraient au contraire ramener
vers Israël. Car le judaïsme et l’Europe ont une longue
histoire commune que ne périme
pas la naissance d’Israël. Bien sûr, l’élimination par
les nazis et les staliniens du yiddishland, quatre siècles
après l’exil ou la conversion des Juifs hispano-portugais
porte un rude coup aux espoirs d’émancipation et
d’assimilation des Juifs européens. Et il n’est pas moins
vrai qu’aujourd’hui, prenant prétexte de l’Intifada et
des violences de Tsahal dans les territoires palestiniens, la
gauche européenne (ou du moins sa frange la plus remuante et
la plus internationaliste) remet en question la notion même
d’Etat juif ou d’Etat pour les Juifs en s’appuyant
malhonnêtement sur une critique juive du sionisme formulée avant la Shoah. On a même vu certains courants altermondialistes
exalter un antisionisme virulent et hystérique proche des thèses
islamistes.
En ce sens là, bien sûr, l’Europe
avance sur un déni de la destinée et de la singularité
juives. Benny Lévy pourrait simplement en prendre acte et
nous inviter à une méfiance justifiée. Shmuel Trigano, dans
un autre registre, se débat sur tous les fronts avec son
observatoire du monde juif, comme Taguieff, Redeker ou
d’autres le font contre la nouvelle judéophobie
islamo-progressiste. On pourrait donc en rester là, à ce
simple constat : L’Europe n’est pas guérie de ses préjugés
antisémites. Mais Benny Lévy est un penseur trop radical,
trop entier pour conditionner sa rupture avec l’Europe sur
les inépuisables ressentiments contre les Juifs d’une
opinion publique minoritaire et rejetée par les dirigeants
européens.
Benny Lévy nous incite d’abord à nous déprendre de l’Europe
en raison de la parenté inavouée, secrète, cachée mais décisive
à bien des égards de la laïcité et du christianisme.
Or cette parenté semble un pur effet de style car l’Europe
laïque occidentale nous est habituellement présentée comme
la seule région du monde déshabitée par l’esprit
religieux, le seul coin de l’Univers qui boude Dieu. Partout
ailleurs comme le révèle une enquête récente du New York
Times,
le sentiment religieux croît. Au point qu’on peut se
demander si la laïcité est encore utile dans l’exception
européenne où Dieu est le grand absent. Or, Benny Lévy réfute
cette vision. A ses yeux, la laïcité occidentale n’est
qu’un christianisme déguisé. « La
laïcité- c’est ce que j’ai voulu démontrer dans ce
livre (BL parle du « Meurtre du Pasteur » c’est
cette intrication entre le politique et le religieux chrétien. »
Geremek dans un article du Monde daté du 7 Décembre le
rejoint sans malice en évoquant « l’avancement de
l’esprit européen, dans la continuation de deux expériences
communautaires du passé européen, de
la chrétienté médiévale et de la république moderne des
lettres ».
La laïcité européenne est un mouvement de repli, de déguisement
du christianisme, probablement lié à l’offensive
temporaire des idées nationalistes et socialistes. C’est
parce que l’Europe est chrétienne, massivement chrétienne,
au delà de ses divisions catholique et protestante que le
principe de laïcité régit si adéquatement les affaires
publiques. Au fond, le re-ligieux fait simplement retraite
dans la sphère privée. Citoyen sans marque, à la
spiritualité indistincte au cœur de l’agora républicaine,
et fidèle ou non d’une Eglise dans l’intimité du privé :
la partition du sujet est fixée. Or, cette laïcité (et
j’ai eu l’occasion d’en souligner les limites dans mes réflexions
sur la marranité) suppose la dissolution du religieux comme
lien social (la religion qui re-lie) et la neutralité des
croyances (ou des usages des Ecritures) sur le sujet
politique. Une telle puissance de la laïcité n’est
concevable, à la limite (et avec beaucoup de réserves…)
que sur un socle religieux relativement uniforme, en tout cas,
commun à la majorité des citoyens. Dès lors que les
mouvements de populations migrantes affectent la démographie
religieuse de l’Europe, la laïcité est à nouveau bancale
et contestable. Au seul titre d’exemple, dans la croyance
musulmane, la partition public-privé est symétriquement
inverse de celle du christianisme moderne et la contrainte
religieuse s’exerce prioritairement sur le sujet public,
exposé au regard et au jugement des autres. On voit aussi, à
un niveau macro-politique, tout l’embarras suscité par la
question de l’admission de la Turquie ! Il n’est pas
nécessaire d’y insister.
Donc, première proposition de B Lévy : Il faut se libérer
de l’Europe, « il
faut que l’Europe, comme étant cette conscience- là,
imaginaire, nous déserte, qu’elle s’en aille de notre tête ».
Deuxième proposition énoncée un peu plus loin, dans ces
entretiens : Le Juif est l’être qui est dans
l’impossibilité d’échapper à Dieu. Benny Lévy reprend
ici la définition lévinassiennne de l’être juif (et du
sujet) comme l’impossibilité d’échapper à Dieu.
Ces deux propositions, se libérer de l’Europe et
l’impossibilité d’échapper à Dieu sont-elles liées de
toute nécessité, inconditionnellement ? Si l’Europe
est un Occident radical qui a étouffé la voix de la
transcendance, qui se délecte de sa rationalité gréco-romaine
et se satisfait à bon compte de son christianisme laïque,
que pourrait encore y faire la sujet qui n’a pas renoncé à
questionner Dieu, qui est dans l’impossibilité d’échapper
à ce questionnement ?
Voilà sans doute le fond du dilemme posé par Benny Lévy.
L’Europe et le judaïsme sont désormais étrangers, en
rupture de ban. Celui qui reste en Europe devient forcément
un marrane…On peut à son tour interpeller Benny Lévy :
En quoi l’impossibilité d’échapper à Dieu et
l’abandon de la conscience européenne sont-elles des
attitudes proprement juives, en tant qu’attitudes
congruentes, solidaires, insécables ? Benny Lévy a tout
à fait le droit de choisir le retour au Talmud, à la leçon
des vieux textes juifs qui, par leur épaisseur, leur densité,
leurs arborescences, forment comme a dit Levinas un océan …
C’est sans doute la voie la plus directe et radicale vers le
judaïsme. Mais la question est la suivante : Pourquoi,
en quoi, cette voie tourne nécessairement le dos à
l’histoire européenne et plus largement occidentale ?
On voit bien que d’autres minorités culturelles européennes,
comme les musulmans, ayant des liens historiques complexes et
souvent hostiles avec l’Europe et n’ayant pas moins que
les Juifs un « noyau dur » religieux peuvent être
tentés par le même largage des amarres européennes. De
sorte que si l’on suit à la lettre le programme politique
de Benny Lévy, l’idée européenne d’une confluence des
cultures et des peuples est une imposture promise à l’échec.
L’universalisme européen est un piège, une tentation des
consciences endormies. Il faut penser la lecture de la
tradition juive sur un mode intensif, débarrassé des
objections philosophiques et alors peut-être, si Dieu le
veut, la paix des nations sous la lumière de Sion viendra un
jour par surcroît. Contrairement à tout le courant juif
européen messianiste dont la figure clé est Walter Benjamin,
Benny Lévy prêche le retour modeste mais exigeant du Juif
dans sa maison d’études.
Par sa densité, sa polysémie, son foisonnement exégétique,
la Bible semble répondre par elle-même. Nul besoin de se
confronter à d’autres paroles, d’autres histoires,
d’autres raisons. La Tora est suffisamment riche pour
nourrir indéfiniment ses lecteurs. Le risque de
l’orthodoxie n’est pas la bêtise ou l’ignorance, de
cela nous pouvons tous convenir. Néanmoins, la Tora est une
création désertique et non pas une création insulaire. Le papou ou l’habitant des îles Salomon, avant
l’arrivée des bateaux peut douter qu’il existe quelque
chose d’autre. L’Hébreu, lui, ne peut pas rester dans le
désert, éternellement, car même sous la tente de la
shekinah, il meurt de soif. L’Hébreu doit toujours
traverser, (et donc être
traversé), entre lumière solaire et lunaire, c’est-à-dire
entre Egypte et Babylone, entre mer et désert, il n’est
jamais seul, et c’est ce premier et fondamental aspect qui
rompt avec l’unité génétique et insulaire du mythe. Le
Talmud, le Midrash, la Kabbale, tout cela est déjà présent
dans les premières lignes de la Tora, car c’est un Livre en
marche.
Sous cet angle, le Juif est tout à la fois le sujet qui est
fondamentalement dans « l’impossibilité d’échapper à Dieu » et celui qui, précisément
en raison de cette impossibilité, se met en marche vers les
autres, à sa manière unique,
sans conquête, sans mission, sans prosélytisme (Dieu sait si
on lui tiendra grief de cette distance).
Si l’on suit Maimonide
dans sa conception du temps messianique comme le Temps
où les Juifs peuvent étudier
en paix sur leur terre, on voit bien le travail accompli
et le travail qui reste à faire. Car le Monde ne paraît pas
disposé à laisser étudier les Juifs en paix, pas même à
les laisser vivre en paix. L’étude rejoint donc
involontairement – car elle est située dans un autre temps,
une autre pulsation d’être- les contraintes et les adversités
du politique. Le beit ha-midrash ne peut parvenir tout seul à
la paix.
Dans la traversée de l’Histoire, il y eut toujours des
savants et des sages (citons ici Philon, Mendelssohn ou
Hermann Cohen), qui éprouvèrent la nécessité d’ouvrir
l’univers juif sur un monde plus vaste au risque d’exposer
la Tradition à la contrariété d’une philosophie étrangère.
La circoncision marquait l’alliance, l’esprit des générations,
dans la chair et la découverte de la philosophie grecque
instituait l’espace de l’objection
infinie, de ce qui peut précisément et pour tous les
humains fonder la possibilité
d’échapper à Dieu. Mais c’est au prix de cette
objection infinie, de cette confrontation âpre et tendue avec
une rationalité qui lui est a priori hostile, que le judaïsme
échappe aussi (pas seulement, bien sûr) à la clôture
religieuse, à l’esprit de répétition et de mimétisme ou
à la raideur théologique, toutes dispositions qui font
mourir lentement mais sûrement la transcendance.
Et nous retrouvons par ce détour la question initiale :
Si la laïcité chrétienne féconde l’esprit européen
et donc un certain type d’universel (on peut suivre ici
Benny Lévy exécutant le concept de guerre des civilisations,
puisqu’à ses yeux n’existe qu’une seule civilisation, l’Occident)
qu’en est-il du lien entre le judaïsme et l’universel, dès
lors que le judaïsme ne peut pas , ne peut absolument pas être
laïque sans s’éteindre (sans devenir sous une forme ou une
autre chrétien) et qu’on reconnaît le Juif à
l’impossibilité d’échapper à Dieu ?
On sait comment Benny Lévy a tranché la question. Le résultat
est d’une certaine manière et cette expression paraîtra
surprenante ou inadaptée, profondément voltairien. Il faut
cultiver son jardin et pour le Juif, le jardin, le Pardes,
c’est l’étude de la Tora et l’accomplissement des
mitsvot. Et c’est encore mieux, si cette voie de retour vers
le beit ha-midrash est vécue et éprouvée à Jérusalem.
C’est en tout cas ce qui ressort des dernières adresses de
Benny Lévy : se libérer de l’Europe, de la conscience
européenne du Juif imaginaire et consacrer ses forces ou ce
qu’il en reste au travail sérieux du pharisien, l’étude
talmudique.
Mais alors qu’en est-il des autres, de tous les autres qui,
malgré une période de réveil planétaire de la religiosité
ne vivent pas leur judéité, leurs nombreuses attaches au
judaïsme avec le sérieux et la constance des étudiants de
yeshiva et traînent à des degrés divers une bonne dose de
marranisme ? « Qu’ils aillent au diable ! Ou tant
pis pour eux ! » Est une réponse courte et
blessante, car le judaïsme est depuis longtemps un spectre
d’attitudes spirituelles, intellectuelles, historiques
diverses, sans être pour autant une auberge espagnole ou un
foyer de confusions. Quelle est donc la part qui est dévolue
par Benny Lévy à tous ces autres ? Œuvrer sans états
d’âme en faveur d’Israël, soutenir le droit des Juifs de
l’intérieur (du texte et de la maison), de l’intériorité
exigeante de la Tradition, à étudier en paix, espérant que
Sion soit à nouveau une source de lumière pour les Nations.
« Je comprends très
bien qu’un Juif qui peut avoir la berakha d’une très
grande richesse et
qui peut, grâce à cette richesse, aider énormément et le
yichuv d’éretz Israël et les institutions, puisse rester là…(En
Europe)
Ici Benny Lévy fait un pas, un pas que n’ont pas accompli
de nombreux Juifs religieux, orthodoxes ou hassidiques, dans
le vaste monde de la diaspora, qui est de lier la terre d’Israël
à la volonté de Dieu et non plus au sionisme politique et
nationaliste des pères fondateurs . Et ce pas, on le
sait, déplace infiniment de choses.
Triade de Benny Lévy : sortir de l’Europe, parce que
l’être juif est dans l’impossibilité d’échapper à
Dieu, contrairement à ce qui semble désormais être la
vocation de l’Europe et se consacrer à l’étude des vieux
textes sur la terre sainte donnée par le Bon Dieu.
Ici se fait jour une grande réserve sur la voie « exemplaire »
de Benny Lévy qui nous fait regarder la voie « mutilée »,
marrane de tous les autres avec plus de sympathie. Réserve
sur son intransigeance, son refus de pactiser, de compromettre
la parole juive avec les bibliothèques de l’universel
occidental, avec le labyrinthe, comme aurait dit Borges.
Car, au bout de ce retour orthodoxe à la tradition, de ce
retour qui est une forme de rupture avec les bibliothèques
illusoires, qui sont à ses yeux des empilements de livre
inutiles et interchangeables, le Juif reste seul, aussi seul
que le papou ou le cannibale des Iles Salomon avant l’arrivée
des bateaux. D’autre part, on ne peut taire le fait que
c’est un juif orthodoxe, un juif nourri par les commentaires
rabbiniques, un juif inspiré par les vieux textes, qui a
assassiné un premier ministre israélien qui tentait de mener
son peuple vers cet incroyable temps messianique « où
les juifs peuvent enfin étudier en paix sur leur terre »,
ni tenir pour anecdotique et mineur le massacre du caveau des
Patriarches par le fanatique Goldstein.
Aussi bien , la guerre sans répit ni apaisement ou résolution
dialectique entre la philosophie grecque (disons pour faire
vite, tout le champ de la rationalité que Husserl a rassemblé
dans ses conférences) et la pensée (ou le sensé) biblique,
guerre que Benny Lévy fait remonter à la lutte des Hasmonéens
contre les profanateurs hellénisés du Temple, est-elle à
penser sous cette perspective : qu’en est-il de l’étude,
de la paix, de la terre, quand on essaie de les conjoindre, de
les lier ? Et si personne ne peut se soustraire à cette
question, on voit bien que les réponses ne sont pas
univoques. L’étude,
la terre, la paix, tout est là, dans ces trois termes qui
ont leurs propres forces, leurs propres énergies, et qui sont
loin, très loin, de se fagoter harmonieusement. On peut même
mesurer à quel point ces trois forces sont « ennemies »,
tirant le centre de gravité de l’ensemble dans tous les
sens, au gré des provisoires victoires de l’une ou de
l’autre. Ces trois forces requièrent les Juifs et les
non-Juifs, leurs jointures et leurs frictions parfois
terribles interpellent l’humanité entière. C’est une équation
difficile pour l’humanité entière !
On peut en tout cas savoir gré à Benny Lévy de nous inviter
à la méfiance envers une idée européenne extensive qui a
troqué les vieilles icônes de la nation et de la race contre
celles, plus séduisantes et « universalistes » de
métissage, de multiculturalisme, de communauté des nations,
et qui prétend avoir mis fin politiquement à l’antagonisme
intense de l’étude, de la paix et de la terre. L’Europe
en est si fièrement convaincue qu’elle reproche aux autres
peuples durablement empêtrés dans le conflit leur antiquité
ou leur arrogance juvénile.
Benny Lévy ne se faisait guère d’illusions sur cette
conviction. L’oubli de l’intensité, de la singularité ne
mène pas au shalom. Il ne sert à rien de courir derrière
des chimères d’apaisement, alors que les manifestations
pacifiques contre la guerre en Irak ont à nouveau mis
hors-jeu de tout butin moral les Juifs. Et l’on voit bien,
aussi, que le recul relatif des haines nationales au fur et à
mesure que le puzzle géoéconomique de l’Europe élargit
ses frontières extérieures n’interdit pas et par certains
côtés exalte les haines, les ressentiments et les inimitiés
entre les citoyens de l’intérieur.
L’Europe est encore, de ce point de vue, une bibliothèque
d’illusions …Toutefois, elle commence à s’interroger de
son côté sur son identité sans juifs, sans judaïsme, sans
littérature yiddish et hébraïque. Elle le fait désormais
autrement qu’en célébrant l’événement d’Auschwitz,
autrement qu’en se donnant une bonne morale par la
repentance. Il n’est pas étonnant que cet intérêt positif
envers les nombreuses dimensions du judaïsme ressuscite dans
les parties orientales de l’Europe (La Tchéquie, la
Hongrie, la Pologne) qui ont connu les affres du bolchevisme
après avoir vu disparaître dans les camps nazis
l’essentiel de leur population juive.
Dans une certaine mesure, l’être « marrane »
européen, à la différence de l’être juif israélien de
Benny Lévy, est celui qui continue d’alimenter sa
conscience en arguments glanés sur le champ des contrariétés,
des objections, des disputes de la trame historique et
philosophique de l’Occident. Et il persévère dans cette
voie, en refusant le caractère commode et factice d’une
innocente partition du sujet croyant et du sujet politique, clé
de voûte de la laïcité chrétienne européenne et en
s’obstinant à interroger la triade étude-terre-paix, sans
dissocier le point de vue des Juifs de celui de l’humanité
entière.
Claude Corman
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