L’architecture
et le rêve sont en situation de proximité. D’un côté parce que les hommes
projettent leurs rêves en bâtissant, en édifiant des monuments et des
bâtiments, d’un autre côté, parce que dans les rêves, au cours de leur sommeil,
les éléments architecturaux prennent une grande place. De plus, on sait combien
l’architecture est présente dans l’art en général, qu’il s’agisse d’œuvres
littéraires, ou plastiques. La psychanalyse s’y est diversement mais fortement
appuyée pour développer ses théories, et aussi pour en étayer leur bien-fondé.
Dans les rêves d’architecture on peut placer toutes
les constructions qui dépassent l’imagination ou qui en marquent les limites à
une époque donnée, constructions toujours utopiques avant d’être réelles
(cathédrales, pyramides, temples mayas, grande muraille de Chine, etc.) et
aussi toutes les architectures utopiques liées à une philosophie particulière,
véritables projets de société et de changement des rapports humains - telles
les architectures issues de la philosophie de Fourier, les réalisations de Ledoux, etc. Il y a en tout cas toujours
quelque chose de possiblement visionnaire dans la position de
l’architecte.
Utopie et lieu, il s’agit de l’espace
L’espace réel et l’espace imaginaire du rêve ont
leurs points de concordances et de radicale différence.
Ainsi dans le roman de Francesco Colonna écrit en
1467, Le songe de Poliphile,
trouve-t-on une description des jardins de Cythère dont les données
architecturales et florales seront largement diffusées au 16ème siècle, et
serviront de référence à l’aménagement des villas italiennes de la Renaissance.
C’est du côté du rêve tel que Freud l’a traité dans sa Traumdeutung, ou Sciences des
Rêves, que nous aborderons la question des éléments architecturaux dans le
rêve, elle servira de fil conducteur.
Sigmund Freud à travers les rêves qu’il cite se
réfère souvent à des lieux, la figurabilité du rêve y amène souvent des
images de lieux, dont les tableaux d’artistes comme De Chirico, Dali, Delvaux,
Magritte etc., constitueront comme une illustration de la surréalité
liée à l’espace.
Freud développe cette caractéristique du rêve à faire
passer les pensées du rêve sous forme d’images dans le rêve et il en note
la facilitation du travail de condensation et la possibilité de création de
liens nouveaux :
« De tous les raccords possibles aux pensées essentielles du rêve, ceux
qui permettent une représentation visuelle sont toujours préférés, et le
travail du rêve ne recule pas devant l’effort nécessaire pour faire passer les
pensées toutes sèches dans une autre forme verbale, celle-ci fût-elle très peu
habituelle, pourvu qu’elle facilite la représentation et mette fin à la
pression psychologique exercée par la pensée contrainte. »
Les métaphores architecturales de Freud :
Ces images représentent souvent des lieux ou des
éléments architecturaux. En même temps que cet aspect figuratif des éléments
architecturaux peuvent insister chez Freud par le biais du
« signifiant ». Ainsi dans le rêve des trois Parques,
ce signifiant se rapporte à une référence fréquente à Brücke, son
professeur… « Il semble que la nécessité d’établir des relations entre les
mots ne respecte rien, puisque le
cher nom de Brücke (Brücke=
pont ; wortbrücke = mot-pont,
mot de liaison) ne sert, on vient de le voir, qu’à me rappeler l’Institut
d’Université … ».
Freud a souvent utilisé des métaphores
architecturales pour parler de la psychanalyse, dans son texte Construction dans l’analyse
et aussi dans le chapitre sur l’élaboration
secondaire de la Traumdeutung :
« il y a même un cas où l’effort de construire, pour ainsi dire, une
façade au rêve lui est en grande partie épargné, c’est lorsque celle-ci est
toute prête dans le matériel des pensées du rêve et n’attend plus que d’être
utilisée… ...A propos du fantasme :…Ils sont (les
fantasmes) à l’égard des souvenirs d’enfance sur lesquels ils se fondent à peu
près dans le même rapport que maint palais romain de style baroque à l’égard
des ruines antiques : les moellons et les colonnes des édifices anciens
ont fourni le matériel pour la construction des palais modernes. »
Le corps et la maison
Au début du livre à propos de la littérature
consacrée au rêve Freud discute des thèses de Scherner affirmant que l’activité
artistique du rêve est fournie par les stimuli somatiques : «Scherner croit
même…que notre imagination a dans le rêve une figure de prédilection pour
représenter l’organisme entier : ce serait la maison. Heureusement pour
ses représentations, elle ne s’en tient pas à cela; elle peut au contraire
représenter par des séries de maisons un seul organe, par exemple de longues
rues figureront une excitation intestinale. D’autres fois, des parties de maisons
représenteront réellement des parties du corps. Ainsi dans un rêve de migraine,
le plafond d’une chambre (que l’on voit couvert d’ignobles araignées pareilles
à des crapauds) représentera la tête.»
Les éléments architecturaux peuvent donc symboliser des organes :
« …l’intervalle entre les cuisses serrées peut-être symbolisé par une cour
étroite entourée de maisons, le vagin par un sentier très étroit et très
moelleux qui conduit à travers la cour »…
On retrouve cette métaphore dans « Les monologues
du vagin », pièce de théâtre d’Eve Ensler :
« …Je ne peux pas vous parler de ça, là en bas. On sait que c’est là,
point. Comme la cave. Quelquefois ça gargouille. On entend des bruits de
tuyauterie et il y a des trucs qui ont du mal à passer, des petites bêtes, des
machins, c’est tout mouillé, alors vous faites réparer les fuites. A part ça la
porte est toujours fermée et on l’oublie. Je veux dire ça fait partie de la
maison, mais on ne le voit pas, on n’y pense pas. Mais faut que ça y soit,
parce que toutes les maisons ont besoin d’une cave, sinon ce serait la chambre
qui serait au sous sol. »
Freud revient plus loin sur les hypothèses de
Scherner indiquant que « l’imagination du rêve représente le corps humain
entier comme une maison, chaque organe comme une partie de la maison
pour poser que l’état général de notre corps est assurément au nombre des
stimuli somatiques directeurs du rêve, mais qu’il ne peut en déterminer le
contenu, il fournit à ses pensées du matériel qu’elles devront utiliser ».
Freud cite encore plus loin les travaux de Scherner
et Volkelt pour souligner avec eux que la maison n’est pas le seul cercle de
représentations qui serve à symboliser la vie corporelle : « Je
connais des malades qui ont conservé la symbolique architectonique du corps et
des organes génitaux (l’intérêt sexuel ne porte pas seulement sur les organes
externes), chez qui les piliers et les colonnes représentent les jambes (comme
dans le Cantique des Cantiques), chez qui chaque porte symbolise un orifice du corps
(« trou »), que toute conduite d’eau faire penser à l’appareil
urinaire, etc. Mais la sphère de représentation de la vie des plantes peut
également être choisie pour dissimuler des images sexuelles ».
Il reprend à cet endroit l’analyse du « rêve de fleurs » où le jardin
de la jeune fille, comme dans le Cantique des Cantiques, désigne de façon
métaphorique des lieux du corps.
La Villa italienne avec son jardin, ses plans d’eaux
et ses rocailles fait de la demeure un lieu intégrant les forces naturelles
obscures (eau, cascades, grottes) le tout enclos dans des murs protecteurs
unifiants. Le rêve de Poliphile cité plus haut rejoint le thème littéraire du
jardin d’amour que l’on retrouve dans de nombreuses poésies du début de la
Renaissance, du Moyen-Age et même de l’Antiquité.
De même à l’intérieur de la maison, ses différents niveaux renvoient à des
« lieux » psychiques différents : les espaces de vie au
quotidien, la cave au monde souterrain, le grenier aux choses du passé.
L’ habitat », le bâtisseur, dedans dehors, vide
et ouvert
Cette pensée de localiser dans la maison des
fonctions corporelles et psychiques contribue à l’organisation architecturale
et spatiale de la maison, elle a débouché sur la construction de maisons
privilégiant certains aspects du fonctionnement tant pour des habitations
individuelles, on peut citer ici la conception d’architecte thérapeute de
Neutra (1892-1970), ami de Freud, se référant à la psychanalyse pour sa
conception de l’espace,
que pour des projets collectifs tels que des réalisations comme le familistère
de Guise, dans le
fil des idées fouriéristes.
Cette façon de personnaliser la maison, d’en faire
un prolongement de son propre corps et de son psychique, se retrouve dans une
façon contemporaine de poser l’habitat.
Ce peut être aussi une façon d’exprimer une
monumentale mégalomanie du moi par la construction d’édifices hors du commun,
qu’on songe aux constructions de Ceaucescu à Bucarest ou à la citadelle du roi
Christophe en Haïti, délire de toute puissance. Mais aussi à toutes sortes de
« délires architecturaux » comme le palais idéal du facteur Cheval,
la maison de Picassiette à Chartres…Bref
quelque chose comme le « délire » du bâtisseur, cette mise en place
d’une construction là où il n’y avait rien.
Lacan dans ses nombreuses références à
l’architecture a souvent évoqué cette importance du vide dans
l’architecture. La
maison bien plus que de représenter le
moi, marque un certain type de relation du sujet au monde, au-delà de la
relation moi, non-moi, intérieur-extérieur, dont l’espace « moebien »
est plus apte à rendre compte que l’espace euclidien auquel nous sommes
habitués. Le rapport de l’intérieur à l’extérieur n’est pas celui d’un espace
clos à un espace extérieur, mais par la présence des ouvertures, portes,
fenêtres, cheminées, de la présence de lieux de circulation, d’activité, de
désir, autour de ces trous. D’où l’impression d’étrangeté qui émane de murs
sans ouverture.
On a en tête ces enfants appelés autistes qui
tentent de fermer les ouvertures de leur corps avec leur mains, souvent
les oreilles. Certains artistes ont pris la maison comme objet de
transformation, comme Grégor Shneider (remodelage de la maison, isolation
phonique, lieu d’effroi), allant jusqu’à la détruire comme Jean-Pierre Raynaud
(carrelage, fermeture, destruction). Georges Pérec aussi, avec son travail sur
l’espace et la maison « mode d’emploi ».
Anselm Kiefer également dans son exposition Monumenta 2007 chute d’étoiles, au Grand
Palais avec ces vastes maisons qu’il nous invite à découvrir dans leur
matérialité, il ne suggère pas, il invite à sentir et à toucher.
Les ouvertures comme celles du corps sont des zones
concernées par la pulsion. Rêve d’une jeune femme qu’on doit ramener à la
maison, « par la fenêtre on lui jette un grand panier plein de choses
lourdes… ». La fenêtre
ici comme lieu du regard, de ce qui passe ou pas (einen Korb geben=donner un panier=repousser une déclaration
d’amour). La poire sur l’appui de la fenêtre interprété par Freud comme la
poitrine maternelle, le balcon
de la maison, allant dans le même sens que l’expression familière française
« y-a du monde au balcon ». Dans le rêve fameux de l’homme aux
loups, les loups sur l’arbre apparaissent dans la fenêtre qui s’ouvre
brutalement, cette fenêtre qui permet le cadrage de la scène ne figure pas dans
le dessin et les peintures qu’en a fait le rêveur. Dans le rêve intitulé Chose bien étrange, le nom de Brücke est
présent ainsi que divers lieux de passages, portes cochère, maison, fenêtre
ouverte, pont, s’inscrivant dans un parcours mouvementé.
Cet espace, non linéaire, que Freud pressent et
qu’il exprime à plusieurs reprises sans en avoir l’outil conceptuel, dans le
schéma de l’appareil psychique,
où, dans la note (1), il dit que « le développement ultérieur de ce schéma
déroulé linéairement devra tenir compte de notre supposition que le système
succédant au préconscient est celui à qui nous devons attribuer la conscience
et qu’ainsi P = C », ce qui suppose un bouclage de P et C; dans l’homme
aux loups il note que « ce travail…trouve une limite naturelle là où il
s’agit d’enfermer une configuration multi dimensionnelle dans lasurface plane de la
description. »
Les techniques médicales d’endoscopie, empruntant
des voies anatomiques, comme celles de nos vaisseaux sanguins, ont aussi
apporté une connaissance de l’intérieur du corps sous la forme de conduits
« toriques », dans un mouvement qui n’est pas sans rappeler certaines
successions d’espaces dans le rêve : couloirs, chambres, places etc. comme
dans le rêve du Comte Thun
où se succèdent dans une indication de mouvement des lieux de passage :
chambres, couloirs, escalier, sentier, fiacre, gare. Freud indique :
« la série des chambres (Zimmer)
traversées dans le rêve provient du wagon-salon de son Excellence où j’avais pu
jeter un coup d’œil; elle évoque aussi, comme si souvent dans le rêve, des
femmes (Frauenzimmer), ici des filles
publiques ». Il y revient plus loin (p.302), « les Français qui n’ont
pas l’expression Frauenzimmer pour
désigner la femme, se servent cependant dans leurs rêves de la chambre pour
représenter symboliquement la femme ».
Le symbolisme
Dans le chapitre consacré aux symboles
nous retiendrons ceux qui se réfèrent à des notations architecturales non sans
rappeler les réserves de Freud à propos de l’interprétation des symboles qui ne
peut se faire en dehors de leur contexte et des associations du rêveur.
Ainsi, il reprend le symbolisme des chambres comme
représentant les femmes (Frauenzimmer),
avec leurs entrées et sorties, le fait d’être ouvertes ou fermées. Le rêve de
fuite à travers des chambres est un rêve de maison close ou de harem, il peut
aussi être utilisé pour symboliser le mariage (Sachs). Les rêves de deux
chambres peut être en rapport avec l’appareil génital féminin. Les sentiers
escarpés, les échelles, les escaliers, le fait de s’y trouver, soit que l’on
monte, soit que l’on descende, sont des représentations symboliques de l’acte
sexuel. Les murs unis auxquels on grimpe, les façades le long desquelles on se
laisse glisser (souvent avec une grande angoisse), représentent des corps d’hommes debout. Ils renouvellent
probablement des souvenirs d’enfants qui ont « grimpé » sur leur
parents…
De même, on reconnaît sans peine que dans le rêve
beaucoup de paysages, ceux en particulier qui présentent des ponts ou des
montagnes boisées, sont des descriptions d’organes génitaux.
« Il y a des rêves de paysages ou de localités
qui sont accompagnés de la certitude exprimée dans le rêve même : j’ai
déjà été là. Mais ce déjà vu a dans
le rêve un sens particulier. Cette localité est toujours l’organe génital de la
mère ; il n’est point d’autre lieu dont on puisse dire avec autant de
certitude qu’on y a déjà été. »,
interprétation qu’il reprend dans son texte das
Unheimliche, l’Inquiétante étrangeté.
Une partie de ce chapitre consacré au symbolisme est d’ailleurs
intitulée : « Représentation des organes génitaux par des bâtiments,
des sentiers, des fosses »,
une autre aux rêves d’escaliers.
Objets composites architecturaux
« La possibilité de former des images
composites est au premier plan des faits qui donnent si souvent au rêve un
cachet fantastique; elles y introduisent, en effet, des éléments qui n’ont
jamais pu être objet de perception ».
C’est là un
procédé qui a été largement utilisé par les peintres surréalistes :
« Une malade voit en rêve un objet composite qui participe de la cabine de
bain au bord de la mer, du W.C. de village et de la mansarde de maison de
ville. Les deux premiers éléments se rapportent tous deux à la nudité des gens
et au fait de se déshabiller. On peut en conclure de leur liaison avec le
troisième que (dans son enfance) une mansarde a été pour elle la scène d’un
déshabillage. ».
Voir aussi le lieu formé d’un mélange d’une maison de santé privée et de
plusieurs autres locaux (p. 289) et plus loin dans un rêve à l’Opéra,
l’image de la tour désignée comme image composite par Freud (p. 295).
Les éléments architecturaux comme décor du
rêve
Au-delà du thème de la maison en tant que tel de
nombreux rêves cités dans la Traumdeutung se situent dans un espace
architectural, espace qui constitue souvent un des décors du rêve, de
« l’autre scène », ce qu’expriment aussi de nombreux tableaux
surréalistes.
A propos de cette autre scène, Freud renvoie à
Fechner, qui émet, dans sa psychophysique, l’hypothèse que la scène où le rêve se meut est peut-être bien autre que celle de la
représentation de la vie éveillée…L’idée qui nous est ainsi offerte est
celle d’un lieu psychique.
Ce lieu psychique n’est pas pour Freud un lieu anatomique, il se sert pour le
définir d’une comparaison avec un appareil optique.
Comme le décor théâtral disposé sur le vide de la
scène, le décor du rêve est souvent une image architecturale ou un paysage, le
théâtre de Palladio à Vicenza en est une illustration, ce que note Lacan dans
son séminaire « l’Ethique de la psychanalyse ».
Dans le célèbre rêve dit l’injection faite à
Irma , le décor
est posé dès le début du rêve : « un grand hall-beaucoup d’invités,
nous recevons ». Ce décor supporte les signifiants du rêve qui ont un
rapport avec la circulation dans un cercle d’amis de préoccupations médicales
concernant une jeune veuve. Ce rêve va constituer la première pierre et la
fondation de la construction freudienne du rêve dans la Traumdeutung.
Certains rêves se passent de décor, comme celui de
la monographie botanique, l’objet du rêve, le livre est ouvert à une certaine
page…
ou le rêve on est prié de fermer les yeux La ville
Comme le fait remarquer Jacques Lacan dans le
séminaire « l’identification », « question encore jamais posée
qui concerne le signifiant; un signifiant n’a-t-il pas toujours pour lieu une
surface…Avant
d’être des volumes, l’architecture s’est faite à mobiliser, à arranger des surfaces
autour d’un vide ».
On peut reprendre l’intérêt de Freud pour la ville
de Rome dans le fil de cette remarque de Lacan, Rome et « le souhait
d’aller à Rome est devenu dans la vie du rêve le voile et le symbole de
plusieurs autres souhaits très ardents… »,
il y associe dans ce passage le souvenir du récit par son père de l’humiliation
qui lui fut infligée par un chrétien qui jeta son bonnet neuf dans la boue
Ici et Ailleurs
Cet aspect du rêve créateur d’images
architecturales, du rêve architecte, est le résultat du travail du rêve,
cette ouverture sur une autre scène : « C’est comme si dans le monde
extérieur s’ouvrait un autre espace, comparable à la scène théâtrale, au
terrain de jeu, à la surface de l’œuvre littéraire - et tout cela en fin compte
consiste en un certain usage du langage et de la négation qu’il comporte - et
la fonction de l’autre scène, on peut dire aussi bien que c’est d’échapper au principe de réalité que de lui
obéir. »
C’est ce que souligne Lacan à partir du théâtre de
Palladio à Vicenza : « L’architecture néoclassique consiste à
faire une architecture qui se soumet à des lois de la perspective, qui joue
avec elles, qui fait d’elles sa propre règle, c'est-à-dire qui les met à
l’intérieur de quelque chose qui a été fait dans la peinture pour retrouver le
vide de la primitive architecture…Il s’agit d’une façon analogique,
anamorphique, de retrouver, de réindiquer que ce que nous cherchons dans
l’illusion est quelque chose où l’illusion elle-même en quelque sorte se
transcende, se détruit en montrant qu’elle n’est là qu’en tant que signifiante.
C’est ce qui rend et qui redonne éminemment la primauté au domaine comme tel,
du langage, où nous n’avons affaire en tous les cas, et bel et bien, qu’au
langage. C’est ce qui rend sa primauté dans l’ordre des arts, pour tout dire à
la poésie. »
Ce qu’il reprend dans le séminaire
« l’identification » : « J’ai déjà remarqué qu’apparemment
il n’y a que du signifiant, toute surface où il s’inscrit lui étant supposée.
Mais ce fait est en quelque sorte imagé par tout le système des Beaux-Arts qui
éclaire quelque chose qui vous introduit à interroger l’architecture par
exemple, sous ce biais qui vous fait apparaître ce pourquoi elle est
irrémédiablement trompe-l’œil, perspective. »
La production d’images et particulièrement d’images
spatiales et architecturales ne concerne ni le bâtiment ni l’échafaudage, mais
cet effet de trompe-l’œil, de décor d’une architecture structurée qui est celle
du sujet et de la mise en scène de son désir, pendant le sommeil, dans cet
espace du rêve.
Le travail du rêve est une élaboration, une
écriture, un rébus, dit Freud et non un dessin,
il y faut un lecteur pour transcrire la mise en figure, par le rêveur, des
pensées du rêve. C’est à partir de là, dans l’analyse, qu’on pourra parler de
construction ou de reconstruction. Néanmoins, on peut s’autoriser à parler du rêve
architecte, comme de l’amour médecin, tant les architectures du rêve et les
projets architecturaux ont multiplié leurs points de rencontre.
Bernard Roland
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