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Ouverture
A lire Derrida, j’ai chaque fois le sentiment
singulier, dans le sens d’inhabituel et unique, que pensée philosophique
(plutôt que théorie) et reconnaissance du féminin pourraient ne pas s’exclure.
J’ai donc eu envie de dire quelque chose de ce
livre-là qui se penche, à propos de l’amitié et de son lien avec le politique,
sur ce qu’il en est des femmes, de leur absence des textes canoniques, et de la
possibilité pour elles d’apparaître, peut-être. Comment ? Est-ce leur
absence qui devrait faire signe de leur présence ? Des femmes autrement
que présentes ou absentes ? Mais il m’a paru impossible de rendre
compte d’un tel ouvrage, donc de lui rendre justice dans une saisie
d’ensemble : la pensée s’y déploie par bonds, détours, retours, nouvelles
progressions, reculs, propositions.
Le déroulement est sinueux, imprévisible… mais
chemin faisant, ce que nous devons au passé s’y dessine en même temps que la
nécessité, s’y fondant et s’en décalant, de réaliser peut-être un
enrichissement de ce que nos antécédents nous ont transmis.
On peut y apprécier la méthode de Derrida,
cette « déconstruction » qui a fait couler tant d’encre, suscité tant
de mésinterprétations et qui consiste en une lecture très fine et attentive des
textes pour, utilisant leurs « nœuds de pensée », faire évoluer, à
partir d’eux, nos compréhensions et nos modes de vie : « Dès lors, ils [les nœuds de pensée] ne
se laisseraient plus nommer ‘aporie’ ou ‘contradiction’ […] Ils l’excéderaient,
non pas vers l’espace ou l’espérance de solutions satisfaisantes, dans un
nouvel ordre architectonique, analytique ou didactique mais vers une sorte
d’hyperaporétique. Celle-ci serait la condition archi-préliminaire d’une autre
expérience ou d’une autre interprétation de l’amitié, et par là même la
condition au moins négative d’une autre pensée du politique, c'est-à-dire aussi
de la décision et de la responsabilité. »
Cette perspective, Derrida lui donne corps dans
un style qui lui est très particulier, fait d’allers et retours, de séquences,
de reprises sans véritable articulation logique apparente : une déconstruction
s’y effectue jusque dans la mise en forme. Il m’a semblé nécessaire d’approcher
cette démarche en la respectant et la « meilleure » procédure,
c'est-à-dire celle qui m’est apparue comme la plus fidèle, est celle
du« fragment ». Ainsi irai-je par bonds, à mon tour, à mon gré, en tâchant
de rendre visible le fil conducteur de l’ensemble. Il y aura donc sans doute,
peut-être, plusieurs « fragments » au moyen desquels je tenterai d’éclairer quelques points, ceux qui m’ont le
plus émue, voire bouleversée, ceux qui m’ont sollicitée à penser plus avant en
ce qui concerne l’amitié dans son articulation avec le philosophique, le
politique et le féminin. Je tenterai aussi quelques liens avec d’autres
interventions de Derrida. Lorsque j’exprimerai un point de vue personnel, je le
ferai, à sa manière à lui, dans cet ouvrage, à l’intérieur de parenthèses.
« Oh mes amis, il n’y a nul
amy »
Cette citation de Montaigne, rapportant un
propos prêté à Aristote, ouvre l’ouvrage de Derrida qui y reviendra tout au
long de son questionnement, dans différents contextes. Il rappelle le Lysis de
Platon : « L’acte ou l’opération proprement politiques reviennent à
créer (à produire, à faire, etc.) le plus d’amitié possible ». Mais
« Oh mes amis, il n’y a nul amy ! » Cette déploration a
la forme d’une objection à l’idéal politique platonicien.
Une contradiction, voire un impossible se
dessine d’emblée. Drôle d’adresse, en effet : si je dis à mes amis qu’il
n’y a pas d’amis, je les efface en tant que tels. Et s’« il n’y a nul
amy », à qui donc est-ce que je parle en m’écriant :
« Oh mes amis » ? Qui parle à qui ?
S’appuyant sur Aristote, Derrida rappelle le
point de vue de celui-ci, aspect particulier d’un champ plus général impliquant
la justice et le politique : il vaut mieux aimer qu’être aimé. Il en va de
l’aimance, c'est-à-dire d’un amour actif, dit Derrida, empruntant
ce mot à Abdelkébir Khatibi. La frontière entre amour et amitié est
effacée par le mot aimance…
(Mais si l’on écrivait « Oh mes
amours, il n’y a nul amour », le second segment de la phrase serait
dépersonnalisé. Avec aimance, la substitution ne serait même plus
envisageable.)
Ce mot, Derrida énonce qu’il contient et
rassemble l’amour et l’amitié, tels qu’ils ont été jusque-là
approchés dans les textes, mais qu’il va au-delà et introduit dans ce champ une extension de
l’héritage : «
On aura pressenti ce que je serais
tenté d’appeler l’aimance, l’amour
dans l’amitié, l’aimance au-delà de l’amour et l’amitié, selon leurs figures
déterminées, par delà tous les trajets de lecture de ce livre, par delà toutes
les époques, cultures ou traditions de l’aimer. »
Au cours
d’un entretien accordé au journal « Libération » Derrida évoque
autrement cette fausse frontière : « J'aimerais croire que ce livre [« Politiques de
l’amitié »] traite avant tout de
l'amour. Au fond, je n'ai jamais su ni voulu distinguer entre l'amour et
l’amitié. Mais pour pouvoir dire ‘je t'aime’ à un ami ou à une amie, et d'amour
fou, il faut traverser, jusque dans son corps, tant de grilles historiques, une
immense forêt d'interdits et de discriminations, de codes, de scénarios, de
‘positions’. Peut-être pour ranimer la voix d'une ‘aimance’ qui résonne avant
la distinction entre aimer et être aimé, amour et amitié.
« Aimer », « être aimé ».
La dissymétrie énoncée par Aristote réapparaît dans cet entretien et rappelle
la conviction aristotélicienne que l’actif (aimant) l’emporte sur le passif
(aimé).
Dans ce passif, Derrida décèle la présence de
la mort en tant qu’incontournable en ce qui concerne l’amitié : le
souffle, la vie sont du côté de l’aimant ; l’aimé peut ne rien savoir de
cet amour et être donc comme inanimé : « On
peut aimer le mort, l’inanimé qui n’en savent rien. » Voilà qui porte
l’amitié à son extrême : « Je
ne pourrais pas aimer d’amitié sans en projeter l’élan vers l’horizon de cette
mort […] sans m’engager sans me sentir d’avance engagé à aimer l’autre
par delà la mort. Donc par delà la vie. »
« Il me faut te porter » ou la
nécessaire mélancolie
Cette question d’un engagement par delà la mort
permet peut-être d’entendre une autre inflexion dans « Oh mes amis,
il n’y a nul amy », comme si c’était une prière :
« Faites qu’il y en ait et, s’il n’y en a pas eu dans le passé, engagez
l’avenir autrement ! » Mais en même temps, écrit Derrida, on ne
survit pas sans porter le deuil […] Ce temps du survivre donne ainsi le temps
de l’amitié […], un temps qui se donne en se retirant, [qui] n’arrive
qu’à s’effacer.
Voilà qui inscrit des limites à une illusoire
symétrie, dans le jeu de la présence et de l’absence : l’ami, étant là, en
même temps n’y sera pas et, n’étant pas là, en même temps y sera. C’est dans ce
cadre aussi que s’invite une éventuelle inimitié. Derrida dit ailleurs que la
liberté est d’aimer dans l’ami, l’ennemi qui pourrait s’y manifester. Le renoncement
et l’attente participent aussi à cette liberté : « Je renonce à toi, je l’ai
décidé » : la plus belle et la plus inévitable de la plus impossible
déclaration d’amour. Imaginez que je doive ainsi prescrire à l’autre (et c’est
le renoncement) d’être libre (car j’ai besoin de sa liberté pour m’adresser à
l’autre comme autre dans le désir comme dans le renoncement) […] Et je dois lui
faire une sorte d’obligation de rester libre, pour prouver ainsi sa liberté
dont j’ai besoin, justement, pour appeler, attendre, inviter. »
Absence, inimitié, attente, renoncement,
anticipation du deuil : aimer s’inscrit dans la proximité de la mort. La
mort effective de l’ami, Derrida l’évoquera en
diverses occurrences, énonçant dans « Mémoires – pour Paul De
man » que la mort, s’il y en a, ne laisse aucune place à la
solidité du seul et unique monde qui fait de chacun un vivant seul et
unique : « À la mort de l'autre, nous sommes
voués à la mémoire, et donc à l'intériorisation, puisque l'autre, au-dehors de
nous, n'est plus rien; et depuis la sombre lumière de ce rien nous apprenons
que l'autre résiste à la clôture de notre mémoire intériorisante...[La mort]
constitue et rend manifestes les limites d'un moi ou d'un nous
tenus d'abriter ce qui est plus grand et autre qu'eux hors d'eux en eux.
Plus tard, dans la conférence
« Béliers » à la mémoire de Hans Georg Gadamer, creuse encore ce point de
vue : « La certitude mélancolique dont je
parle commence donc, comme toujours, du vivant même des amis. Non seulement par
une interruption. [...] Dès cette première rencontre, l'interruption va
au-devant de la mort, elle la précède, elle endeuille chacun d'un implacable
futur antérieur. L'un de nous deux aura dû rester seul, nous le savions tous
deux d'avance. Et depuis toujours, l'un des deux aura été voué, dès le
commencement, à porter en lui seul, en lui-même, et le dialogue qu'il faut
poursuivre au-delà de l'interruption, et la mémoire de la première
interruption. »
C’est alors qu’il met en question
la théorie freudienne : « Selon Freud, la mélancolie
accueillerait l'échec et la pathologie de ce deuil. Mais si je dois (c'est
l'éthique même) porter l'autre en moi pour lui être fidèle, pour en respecter
l'altérité singulière, une certaine mélancolie doit protester encore contre le
deuil normal. Elle ne doit jamais se résigner à l'interjection idéalisante.
Elle doit s'emporter contre ce que Freud en dit avec une tranquille assurance,
comme pour confirmer la norme de la normalité. La «norme» n'est autre que la
bonne conscience d'une amnésie. Elle nous permet d'oublier que garder l'autre
au-dedans de soi comme soi est déjà l'oublier. L'oubli commence là. Il
faut donc la mélancolie. [...] »
S’inspirant du dernier vers d’un
poème de Paul Celan, « Die Welt ist fort ich muss dich tragen »
(« Le monde s’en est allé, il me faut te porter »), il écrit :
« Il s'agit donc de porter sans s'approprier. Porter ne veut pas dire
«comporter», inclure, comprendre en soi, mais se reporter vers
l'inappropriabilité infinie de l'autre, à la rencontre de sa transcendance
absolue au-dedans même de moi, c'est-à-dire en moi hors de moi. [...] Le
«je dois te porter» l'emporte à jamais sur le «je suis», sur le sum et
sur le cogito. Avant d'être je porte, avant d'être moi, je porte
l'autre. »
(Ces perspectives, venues compléter celles
qu’énonce Derrida dans « Politiques de l’amitié » invitent à
réfléchir sur la question de la survie : il semble que l’on
en ait le plus souvent une image de dégradation, de misère alors que, dans ce
contexte, elle acquiert une dignité, voire une noblesse. Elle s’accorde au lien
d’amitié pour y introduire cette sorte d’anticipation de la mort comme si,
aimer un autre, c’était déjà tenter de lui survivre à l’intérieur
même du lien, élan vers une liberté essentielle pour aussi douloureuse qu’elle
puisse se vivre alors. Pourtant, cette anticipation de la mort, ce deuil dans
la vie, ne barrent pas l’avenir de l’amitié : ils l’ouvrent, au contraire,
mais d’une façon singulière, non conforme à nos habitudes. Nécessaire
mélancolie, celle qui se laisse peut-être entendre dans Il n’y a nul ami car
t’aimant, je suis conduit(e) à projeter, du même coup, ton éventuelle absence.
La survie, s’inscrivant dans un
champ plus large, à partir de cette conception de l’amitié, pose la question de
tous ces vivants de notre présent, qui difficilement survivent pour
simplement continuer leur existence mais aussi pour l’inscrire dans cette dignité
à laquelle prétendent, souvent en
vain, les « droits de l’homme ». C’est cette dignité
qui rend les vies dignes d’être vécues, autrement dit dignes
d’être pleurées, pour le dire en des termes derridiens qui seront
repris ensuite par Judith Butler et la pensée « queer ».
Si nous nous ne nous efforçons pas de faire
place en nous-mêmes au deuil et à la survie ne contribuons-nous
pas, en toute incivilité, à un maintien de la vie dans l’indignité ?
Est-ce que, devenant principe démocratique, la survie pourrait
être aussi une option philosophique ? Survivant(e), donc
endeuillé(e), je me situerais entre la vie et la mort,
c'est-à-dire autre par rapport à la présence et à l’absence, autre
entre la continuation et la perte de soi ? Ainsi s’élaboreraient d’autres
perspectives, une différance selon la graphie de Derrida, et
qui pourrait appartenir à ce
qu’il nomme ailleurs l’indéconstructible ?
Rareté : « car
il faut vivre avec chacun, avec chacune »
De ce qui précède, concernant
l’« endeuillement » dans l’amitié, il découle qu’il serait impossible
d’avoir de nombreux amis. Tout au plus quelques-uns. Cette rareté, Derrida en
cherche l’expression, tout en restant fidèle à sa méthode déconstructive,
en particulier dans les textes d’Aristote et de Montaigne. Mais la
question du nombre apparaîtra aussi en de nombreuses autres occurrences comme
essentielle concernant l’amitié.
Vers la fin de l’ouvrage, il ouvre
sa propre piste. Pour Aristote, il ne faut pas
préférer l’amitié mais certains amis. Il ne faut pas avoir trop d’amis parce
que le temps manquerait pour les mettre à l’épreuve en vivant
avec chacun. Derrida reprend dans un aparté : « Car il faut
vivre avec chacun, avec chacune »
(Et l’on voit là apparaître une marque
féminine ; nous y reviendrons avec lui dans un autre
« fragment »).
Est-ce possible ? Il n’est pas possible,
dit Aristote, d’aimer en étant l’ami de nombreux autres, c'est-à-dire un trop
grand nombre, un certain excès d’unités. Derrida interroge ce vivre
avec en paraphrasant le philosophe grec. « C’est chaque fois
un seul qui vit avec un seul. Je vis, moi, avec, et avec chacun, chaque fois un
seul. » Donc, cette multiplicité restreinte, même si elle en appelle
au nombre, résiste à l’énumération, à la quantification. De Montaigne évoquant son lien avec Etienne de
La Boétie, il relève, en ce qui concerne la question du nombre, la définition
empruntée à Aristote d’« un’âme en deux corps ». Et, puisque selon
Montaigne, la parfaicte amitié est indivisible, elle devrait
exclure une multitude d’amis. Derrida fait alors le constat, dans « Les
Essais », d’une sorte de désir
contradictoire : « Car cette parfaicte amitié, dequoy je
parle, est indivisible : chacun se donne si entier à son amy, qu’il ne luy
reste rien à departir ailleurs ; au rebours,
il est marry qu’il ne soit double, triple ou quadruple, et qu’il n’ait
plusieurs ames et plusieurs volontez pour les conferer toutes à ce subjet. Les amitiez communes on
les peut departir… »
Cette indivisibilité
pousse donc à vouloir multiplier le sujet : double, triple, quadruple,
pourquoi pas « et ainsi de suite » ? Indivisible mais
multipliable… vertigineux abîme du nombre. Autre aspect de cette
indivisibilité dans la pensée de Montaigne : « Tout
étant par effect commun entre eux, volontez, pensemens, jugemens, bien, femmes,
enfans, honneur et vie et leur convenance n’estant qu’un’ame en deux corps
selon la tres-propre definition d’Aristote, ils ne se peuvent ny prester ny
donner rien. »
« Conséquence inéluctablement
communautaire et communiste (à la fois aristotélicienne et platonicienne dans
son style) de cette communauté absolue comme communauté d’âme », note
Derrida.
Cette
« convenance », Montaigne en fait la caractéristique d’une
fraternité qui ne serait pas celle qui est dite naturelle :
« Le père et le fils peuvent estre de complexion entièrement eslongnée
et les frères aussi. »
Elle spécifie une fraternité d’élection, de
convenance spirituelle, d’unité insécable en contradiction avec le désir énoncé
précédemment, que l’ami, celui-là, soit multipliable. « Il est marry
qu’il ne soit double, triple ou quadruple ». Nous retrouverons la
théorisation de cette sorte de fraternité dans l’œuvre de
nombreux théoriciens et politiciens. Il faut noter aussi, et ce qui précède y
invite, un autre paradoxe : l’oscillation de Montaigne entre une image de
l’amitié tantôt déliée du politique, tantôt en lien avec lui.
(Et se rappeler que l’aimé
de Montaigne, Etienne de La Boétie, avait intitulé « Contr’un »
son « Discours de la servitude volontaire ». Et Montaigne, publiant
ses œuvres huit ans après sa mort, en avait excepté le « Discours de la
servitude volontaire » en raison d’une incompatibilité de l’ouvrage avec
le mauvais climat politique de l’époque - malplaisante saison, écrit-il.
Il faudra attendre le XXe siècle pour que soit publiée une version
non expurgée et non interprétée du « Discours de la servitude volontaire ».)
En ce qui concerne la
question du nombre quant à l’amitié, Derrida l’évoque pour lui-même vers la fin
de ce parcours singulier qui va de l’amitié au politique : « Ce désir (pur désir impur), dans
l’aimance - amitié ou amour -, m’engage auprès de celui-ci ou de celle-là
plutôt que de quiconque […] auprès d’un ‘qui’ singulier fût-il en nombre, en
nombre toujours petit, quel qu’il soit, au regard de ‘tous les autres’, ce
désir d’appel à franchir la distance (nécessairement infranchissable) n’est (peut-être)
plus de l’ordre de la communauté, du commun, de la part prise ou donnée […] Et
dès lors, s’il y avait une politique de cette aimance, elle ne passerait plus
par les motifs de la communauté, de l’appartenance ou du partage, de quelque
signe qu’on les affecte. »
Elle ne passerait plus
par les motifs de la communauté
Je terminerai ce
premier fragment sur ce point qui s’inscrit de façon brûlante dans notre
présent : dans ces « politiques de l’amitié », Derrida semble
bien mettre en question le communautaire,
celui en lequel n’interviendrait aucune limitation interne ou externe et qui se
réclamerait de cette fraternité
le plus souvent énoncée comme solidaire, avec les excès que l’on sait,
de notre culture politique. Derrida revient souvent sur ce questionnement en
lequel il importera de l’accompagner.
En contrepoint, il définit des liens amicaux
restreints (sans pourtant y indiquer une limite, mais en posant fréquemment la
question du nombre), comme un mode d’être incluant le deuil et la
survie en tant qu’éthique relationnelle qui pourrait,
dans la mesure où nous nous efforcerions d’y tendre, si nous en avions la
possibilité, augurer de comportements politiques jusque là imprévisibles mais autres,
c’est à dire accueillant la différance,
et alors, peut-être, une démocratie encore à venir. (A
suivre )
Noëlle Combet 
Dans un second fragment, je tenterai de rendre compte de
l’imbrication entre « ami » et « ennemi », telle que
l’auteur de « Politiques de l’amitié » l’énonce en
« (dé)construisant » Nietzsche et Carl Schmitt.
Je m’intéresserai, dans un troisième fragment, à la question du
« féminin » très insistante dans ce parcours.
Je ne sais si j’aborderai la question de la « culture politique » au cours
des fragments 2 et 3 ou si je l’aborderai dans un quatrième. Ce sera au
fil du temps… sans doute. N.C.
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